Carole Veyrunes « Le naginata m’a apporté rigueur et droiture »
Figure emblématique du naginata français et licenciée au Chesnay-Rocquencourt depuis
quarante ans, Carole Veyrunes incarne l’exigence, la rigueur et la passion de cet art martial
japonais. Multi-médaillée lors des derniers championnats d’europe, elle a brillé aussi bien
comme compétitrice qu’en tant que capitaine d’équipe et arbitre internationale.

Qu’est-ce qui vous a attirée vers le naginata ?
J’ai découvert ce sport grâce à mon professeur d’EPS au collège, qui nous avait fait une initiation. La discipline m’a plu, donc j’ai intégré son club et depuis toutes ces années, je n’ai jamais arrêté.
Comment décririez-vous votre discipline ?
Le naginata est une escrime japonaise qui exige, comme tout art martial, beaucoup de rigueur et de répétitions.
C’est très joli à pratiquer et à voir, assez féminin. Pour les combats, nous avons toute une armure et un « naginata », une grande lance qui fait à peu près 2 m 10. Il s’agit de l’une des premières armes des samouraïs : elle permet de maintenir l’adversaire à distance. Il y a également toute une partie technique, qu’on appelle les katas : nous n’avons pas d’armure, seulement la lance, et nous faisons de la simulation de combat pour reproduire les enchaînements.
Quelle place votre club occupe-t-il dans votre parcours ?
Je n’en ai jamais changé en 40 ans. C’est mon « club de cœur » parce que j’ai grandi, durant toutes ces années, avec les autres membres, aussi bien les enseignants que les pratiquants. Il fait partie de ma vie.
Quelles valeurs du naginata vous guident le plus, tant dans votre entraînement que dans votre vie quotidienne ?
La rigueur. Le naginata m’a apporté beaucoup de rigueur, de droiture. Il s’agit d’un sport qui nécessite beaucoup de technique, d’effort et de répétitions.
Quels conseils donneriez-vous aux jeunes pratiquants qui souhaitent atteindre le niveau international ?
Nous avons du mal à recruter des jeunes, parce que comme tout art martial, le naginata demande de la patience : persévérer, continuer, recommencer. Il faut beaucoup d’entraînement et surtout, ne pas se désespérer, croire en ce qu’on fait, en ce qu’on donne.
En octobre dernier, vous avez brillé au championnat d’Europe en remportant de nombreuses médailles. Pouvez-vous nous raconter cet événement ?
Quelles que soient les compétitions nationales, européennes ou mondiales, ce sont des événements avec beaucoup d’intensité et de préparation. Ce sont toujours des moments extraordinaires, des semaines intensives de sport, de rencontres, de sollicitations, où on va chercher le meilleur au plus profond de soi-même. Et quand les compétitions se terminent, on ressent un manque.
Comment parvenez-vous à concilier vos rôles de compétitrice, de capitaine d’équipe et d’arbitre internationale lors d’un même championnat ?
Ce n’est pas toujours facile de passer de l’un à l’autre. Entrer dans le rôle d’arbitre ne me pose pas de problème mais retourner ensuite dans le rôle de compétiteur est assez compliqué. Il faut réussir à faire la transition et à se concentrer assez rapidement. Il n’y a pas beaucoup de pratiquants, quels que soient les pays. On a besoin d’être à tous les rôles dès qu’on peut.
Vous avez remporté des médailles en duo. Qu’est-ce qui fait la force de vos collaborations ?
Le fait que nous nous connaissons bien, et la force du travail ! Quand nous sommes en couple, nous dépendons de l’autre personne et de l’exigence de soi-même pour ne pas décevoir son partenaire, ce qui rajoute de l’angoisse. Quand on est seul, on échoue pour soi-même, tandis qu’en duo, on échoue aussi pour l’autre.
Votre voyage au Japon a marqué une étape importante dans votre parcours. Qu’en retenez-vous sur les plans technique et culturel ?
Ce voyage au Japon m’a beaucoup marquée, car je suis passée à un rôle d’arbitre internationale. Les senseis (les maîtres japonais) ont reconnu mon travail et celui de mon professeur. Ils sont venus nous féliciter, ce qui est rare. C’était un moment extraordinaire, je suis revenue en France avec des étoiles plein les yeux !
Quels nouveaux objectifs vous fixez-vous pour les prochaines années en compétition et pour votre contribution dans le développement du naginata en France ?
Pour l’instant, je continue à m’entraîner avec les autres, en faisant en sorte de les aider à monter aussi. Les prochains championnats d’Europe seront en France cette année, et les championnats du monde se dérouleront en 2027 au Japon. Ensuite, dans l’espoir d’avoir une relève au sein de l’équipe de France, j’aimerais céder ma place, si j’ai le courage d’arrêter les compétitions. Je veux continuer à faire progresser les jeunes, que ce soit au Chesnay-Rocquencourt ou dans d’autres clubs. La question qui se pose : pourquoi ne pas faire partie des entraîneurs de l’équipe de France ? Cela dépendra du temps que j’aurai à y consacrer.
