Jean-Paul Rouland - « À 98 ans, j’ai encore la tête et les jambes ! »
Personnalité marquante de l'audiovisuel français, Jean-Paul Rouland a traversé les décennies entre
radio, télévision, théâtre, écriture et cinéma. À 98 ans, ce Chesnaycourtois (depuis 1974) revient sur une vie guidée par le rire, la curiosité et une énergie intacte.
Vous avez commencé tôt dans le spectacle : y-a-t-il eu un moment précis où vous vous êtes dit : « c’est ça que je veux faire » ?
Cela remonte à ma prime enfance. Je faisais beaucoup rire maman, qui disait : « On en fera un clown ». Mon père faisait du théâtre amateur dans un petit village normand. Un jour, dans une pièce, il mourrait à la fin. Comme je pleurais, maman me dit : « Mais non, c’est du théâtre, il va revenir saluer ». Et à la fin, je le vois saluer. C’est là que j’ai attrapé le virus… une vocation est née à ce jour-là.
Quand vous repensez à vos débuts, y a-t-il une rencontre ou un événement qui a changé le cours de votre carrière ?
Oui, en 1942, j’avais 14 ans. J’étais aux Orphelins d’Auteuil et je faisais un spectacle d’adieu, car j’allais devenir apprenti cuisi-nier. Ce jour-là, le père d’un élève est venu me voir après et m’a dit : « Je travaille dans le cinéma, un ami vient d’ouvrir le Centre du Spectacle, je vais vous recommander ». C'est grâce à lui que j’y suis entré. Il y avait déjà Charles Aznavour, Jean Poiret ou encore Mouloudji. C’est comme ça que j’ai appris le métier.
Entre la radio et la télévision, où avez-vous pris le plus de plaisir ?
C’est indissociable. J’ai commencé par la radio dans l’équipe de Jacques Antoine et Pierre Bellemare avec lequel nous avons créé une société de production qui a produit pendant 20 ans une émission quotidienne sur Europe 1 de 11 h à 13 h. Parallèlement, la télévision nous a permis de produire quelques succès, ne se-rait-ce que « La tête et les jambes » ou « La caméra invisible » avec Jacques Legras. Que ce soit à la radio ou à la télévision, il y avait aussi toujours du public. Je racontais des histoires pour faire rire et lancer les applaudissements. J’ai pris un plaisir absolu, autant sur l’un que sur l’autre.
Qu’est-ce qui vous a donné envie de passer à l’écriture ?
J’ai lancé un jour une idée à Jacques Antoine : une histoire de clés disséminées à travers la France pour un héritage. Deux jours après, il me dit : « Ton idée, je l’ai vendue, mais mainte-nant, c’est toi qui te débrouilles ». Il a bien fallu que je m’y mette. Pour m’aider, j’ai rencontré Claude Olivier, qu’i m’a secondé pendant près de 30 ans. Nous avons écrit des pièces de théâtre dont « Reviens dormir à l’Élysée » qui a été à l’affiche pendant huit ans… un record.
Vous avez aussi écrit des films…
Oui, nous avions écrit un roman policier : « Le frelon » dont l’héroïne était la première femme commissaire. Il fut adapté au cinéma par De Brocca, cela a donné un film délicieux, « Tendre poulet », avec Annie Girardot et Philippe Noiret, puis « On a volé la cuisse de Jupiter ». Voir mon nom associé à celui de Michel Audiard m’a beaucoup flatté.
Comment arriviez-vous à gérer toutes ces activités en même temps ?
Je n’arrêtais jamais. J’écrivais même la nuit. J’ai mené cette vie de dingue jusqu’en 1988. Comme je venais d’accéder à l’âge de la retraite, 60 ans, j’ai fait mes états de service : « Vous allez me donner tout ça pour ne rien faire ? Banco ! » J’ai tout arrêté.
Et vous avez ensuite eu une autre vie…
Oui. En 1989, le docteur Philippe Brillault, mon voisin, est venu me proposer d’entrer sa liste municipale. Nous avons été élus et, pendant 12 ans, je fus adjoint à la culture. J’ai découvert le monde passionnant des associations. J’ai fait 407 mariages avec la ceinture tricolore de mon grand-père. Jamais de « NON », mais une mariée qui s’éclipse… Je viens d’en écrire une histoire qui pourrait faire une bonne série à la télévision.
Qu’est-ce qui vous rend le plus fier dans votre parcours ?
Toute ma vie, j’ai semé du rire et j’ai récolté des brassées de joie et de bonheur… encore aujourd’hui.
D’où vient cette énergie ?
Mon grand-père disait : « Tu as ta vie dans tes jambes ». Je fais chaque jour 2,5 km. J’ai toujours « La tête et les jambes ». Le seul vrai problème de la vie c’est la disparition des êtres chers que l’on voudrait garder, car, un jour tous le monde sait que vous êtes mort… sauf vous ! À moins que ? Mais, en attendant, « Carpe Diem ». Cueille l’instant !

