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Quels souvenirs gardez-vous de vos débuts ?

Philippe Letrange : Quand je suis arrivé, il n’y avait pas grandchose. L’éducation physique existait, mais les moyens étaient limités. On travaillait dans les cours d’école, parfois dans de petites salles.

Philippe Roussel : Petit à petit, nous avons développé les activités, récupéré des créneaux dans les équipements sportifs de la ville, organisé les séances différemment. Nous étions trois à arriver quasiment en même temps avec Dominique Heckmann. Nous avions la même envie de construire quelque chose.

En 35 ans, qu’est-ce qui vous a le plus surpris dans cette profession ?

P.L. : La capacité du sport à révéler les enfants. Certains élèves en difficulté dans les apprentissages scolaires trouvent dans le sport un espace où ils excellent, où ils prennent confiance en eux et montrent d’autres formes d’intelligence.

P.R. : On découvre aussi à quel point les enfants ont besoin d’être accompagnés. Nous avons vécu des moments très forts où le lien de confiance créé au fil des années a permis à certains enfants de trouver une oreille attentive.

Qu’est-ce qui a le plus changé chez les enfants ?

P.R. : Leur capacité d’écoute a diminué. Aujourd’hui, il faut être beaucoup plus progressif dans les consignes. Les enfants sont sollicités en permanence et ont plus de difficultés à maintenir leur attention.

P.L. : Il y a aussi une plus grande difficulté à gérer la frustration. Apprendre à perdre, accepter l’erreur, se comparer aux autres dans un cadre bienveillant : ce sont des apprentissages essentiels que le sport permet encore de travailler.

Qu’avez-vous cherché à transmettre au-delà du sport ?

P.L. : Le sport n’a jamais été une fin en soi. Nous avons toujours voulu aider les enfants à grandir. À accepter les règles, l’effort, l’autorité, à apprendre à travailler avec les autres et à croire en leurs capacités.

P.R. : L’escalade ou le savoir rouler à vélo en sont de bons exemples. Un enfant qui a peur de monter sur un mur ou qui ne sait pas tenir sur un vélo découvre, séance après séance, qu’il est capable de progresser.

Quels nouveaux défis avez-vous dû relever au fil des années ?

P.L. : Les activités ont évolué. Nous avons intégré de nouvelles pratiques comme l’escalade, le roller, le golf, le vélo...

P.R. : Mais le plus grand défi a été d’adapter notre pédagogie. Nous sommes passés d’une logique où l’on reproduisait un modèle à une approche où l’enfant cherche lui-même des solutions et construit ses apprentissages.

Une personne ou une rencontre a-t-elle particulièrement marqué votre parcours ?

P.R. : Dominique Heckmann, évidemment. Nous avons construit ensemble une grande partie de ce projet.

P.L. : Et nous souhaitons également remercier Michel Charlet, adjoint à l’Éducation pendant de nombreuses années. Il a toujours cru en notre travail et nous a permis de mener de nombreux projets.

De quoi êtes-vous les plus fiers aujourd’hui ?

P.R. : D’avoir construit un projet éducatif cohérent qui accompagne tous les enfants du CP au CM2.

P.L. : Et d’avoir montré que le sport pouvait être un formidable outil d’éducation, de confiance et de citoyenneté.

Quel sentiment domine aujourd’hui à l’approche de la retraite ?

P.R. : La satisfaction. Quand on regarde le chemin parcouru depuis nos débuts, on mesure tout ce qui a été construit.

P.L. : Il y a aussi un peu d’émotion. Mais surtout la conviction d’avoir accompli un travail utile. Nous avons eu la chance d’exercer un métier passionnant et de voir grandir plusieurs générations d’enfants. C’est un privilège rare.